
Dans une réalité alternative contemporaine, le Japon n'est plus une monarchie constitutionnelle mais un état dénommé
République de Grande Asie, qui n'a en fait de république que le nom. Le pays vit renfermé sur lui-même, visant l'autarcie mais ne rechignant toutefois pas à exporter dans le monde entier, et son leader -qui se fait appeler Reichsführer- s'appuie sur une armée et un système policier omniprésent pour contrôler la population. C'est dans ce contexte qu'a été introduit le "Programme" : chaque année, dans chacune des cinquante préfectures du pays, une classe de troisième est tirée au sort et ses élèves sont enlevés puis conduits dans un lieu tenu secret avec pour une seule consigne de s'entretuer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul survivant. Le but de ce "Programme" demeure mystérieux, mais prétexte est donné qu'il servirait les intérêts de la défense nationale. Le présent roman s'intéresse à la session organisée pour l'une des classes tirées au sort, en l'occurrence celle de 3
eB du collège municipal de Shiroiwa (département de Kagawa)...
Contrairement à ce que certains pourraient penser à la lecture de ce pitch, le roman n'a absolument rien d'un jeu de massacre, ce qui d'ailleurs n'aurait eu que (très) peu d'intérêt. Il se focalise sur quelques-uns des élèves parmi les 42 [
L'auteur aurait-il lu Douglas Adams ?!?] initiaux et on se laisse rapidement prendre par l'histoire. Le développement nous amène évidemment à nous questionner à mesure que les comportements se dévoilent sur celui qui aurait été le notre dans une situation similaire, mais la réponse ne me semble guère aisée à détourer : à contexte irrationnel, comportement irrationnel, donc virtuellement impossible à anticiper.
Le texte distille par ailleurs des éléments relatifs au fonctionnement de cette
République de Grande Asie ouvertement totalitaire et en fait d'expérience militaire le "Programme" peut être envisagé comme un instrument au service du pouvoir visant à limiter la confiance que chacun peut avoir en son prochain. L'intérêt pour le régime est immédiat : toute velléité d'opposition est ainsi étouffée dans l'oeuf. On peut parfaitement imaginer qu'ils se trouvent certains privilégiés de la caste dirigeante pour avoir conscience de l'absurdité de ce "Programme", mais eux-mêmes ne peuvent se permettre le dénoncer de crainte de se retrouver taxés d'anti-patriotisme et accessoirement exécutés sans sommation. De fait, le "Programme" peut apparaître comme un rouage loin d'être anodin sinon essentiel du régime en place.
Ceci dit, le roman reste avant tout un agréable divertissement, à l'écriture fluide [
le texte s'avale tout seul] et dynamique [
830 pages réparties en ~80 chapitres], même si sa tonalité est beaucoup plus dramatique que ne l'était -pour autant que je m'en souvienne- l'adaptation cinématographique. Bref, un bon moment de lecture pour un ouvrage qui est devenu un best-seller au Pays du Soleil Levant.
Fond Sonore : Norah Jones, Come Away With Me