Ma place gagnée au fond du bus, je laisse mon regard parcourir l'assemblée de passagers, de proche en proche depuis ma position dominante. Derrière la cloison transparente qui jouxte la porte, il me semble reconnaître ces jambes au pantalon de flanelles grises, écartées à 90° et sur lesquelles reposent deux bras agités de soubresauts.
Comme par coïncidence, l'homme se lève et se plante devant la sortie, le bras gauche tendu à l'horizontale vers la barre métallique, le buste rigide, le regard fixe. Son bras droit s'anime rapidement de mouvements amples, erratiques d'apparence mais aux schémas répétitifs pour qui regarde bien. Sa main tapote sa poitrine, touche son nez, gratte son front, part vers la porte, se fige... Et repart de plus belle, en désordre.
Les tics génèrent des sourires, des rires, puis des moqueries, et mon visage prend rapidement une moue pensive tandis que la compassion commence à se manifester. Je me demande si cet homme a conscience de ses mouvements, si en dépit de son air absent il note les réactions des passagers alentours... Peut-être que non, mais probablement que oui... En est-il affecté, en a-t-il cure, en souffre-t-il, s'est-il à force blindé,... Autant de questions sans réponses mais qui me donnent néanmoins envie de baffer mes co-voyageurs.
Le bus s'arrête, l'homme en descend, se fige sur le trottoir et entame son rituel. Le véhicule repart, the show is over.
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Tuesday, August 9, 2011
Friday, March 4, 2011
Instant Choux
Tout un bus.
Connivence.
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Comme quoi la concision de l'esprit haikuesque se suffit farpaitement à elle-même.
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Saturday, August 7, 2010
Instants RER
Saint-Maur, la rame vient tout juste d'arriver sur le côté opposé du double quai. Des voyageurs descendent en masse, je m'écarte pour leur laisser le passage. Une main se pose sur mon épaule droite et j'aperçois bientôt un visage à demi penché une tête en dessous de la mienne. Le type me donne l'impression d'être un peu à l'ouest, ses yeux plongent dans les miens tandis qu'il me tend sa main droite. Je la saisis, la lui serre, il opine du chef puis se retire tandis que mon visage conserve son expression placide [mais sans Muzo]. Je le regarde descendre les escaliers et disparaître, puis je souris en secouant la tête.
*****
Quelques instants plus tard, mon train s'arrête en Gare de Lyon. Le quai est animé par une poignée de ceux que l'on appelle pudiquement "jeunes". Ils sont (très) agités, et j'espère secrètement qu'ils daigneront rester sur le quai. Mais las, alors que la sonnerie retentit, trois d'entre eux se précipitent en désordre, retardent la fermeture des portes, appellent leurs potes et le groupe tout entier finit dans le wagon. La bande s'établit en section supérieure, je les entends beugler, taper, s'exciter, j'imagine une situation qui pourrait partir en vrille sans raison spécifique et lorsque la station des Halles arrive enfin je ne demande pas mon reste pour filer en direction de la ligne 4.
Fond Sonore : Kelly Joe Phelps, Sky Like a Broken Clock
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Quelques instants plus tard, mon train s'arrête en Gare de Lyon. Le quai est animé par une poignée de ceux que l'on appelle pudiquement "jeunes". Ils sont (très) agités, et j'espère secrètement qu'ils daigneront rester sur le quai. Mais las, alors que la sonnerie retentit, trois d'entre eux se précipitent en désordre, retardent la fermeture des portes, appellent leurs potes et le groupe tout entier finit dans le wagon. La bande s'établit en section supérieure, je les entends beugler, taper, s'exciter, j'imagine une situation qui pourrait partir en vrille sans raison spécifique et lorsque la station des Halles arrive enfin je ne demande pas mon reste pour filer en direction de la ligne 4.
Fond Sonore : Kelly Joe Phelps, Sky Like a Broken Clock
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Saturday, May 8, 2010
Azénitude
Dans le métro qui me ramène de ma virée FNAC -bonne pêche soit dit en passant-, je suis adossé contre la paroi de la voiture et accessoirement perdu dans mes pensées. Arrêt Raspail, la sonnerie qui précède la fermeture des portes retentit. Je détecte une masse dans le coin inférieur droit de mon champ de vision, une tête, qui regarde alternativement mes genoux et mon visage.
Je note alors que ma jambe droite déborde sur l'espace du strapontin tout proche et qu'en conséquence la petite bonne femme ne peut l'abaisser de sorte à y ficher son séant. Je ramène donc dans l'instant ce membre effronté dans mon giron et ma voisine -qui jusque-là était restée silencieuse- me gratifie tout en s'asseyant d'un "enfin" bien appuyé et visiblement agacé.
Gêne insignifiante et pour le moins fugitive, tout au moins l'estime-je, alors pourquoi donc cette irritation immédiate ?!? Peace les gens peace...
Fond Sonore : Alice in Chains, MTV Unplugged
Je note alors que ma jambe droite déborde sur l'espace du strapontin tout proche et qu'en conséquence la petite bonne femme ne peut l'abaisser de sorte à y ficher son séant. Je ramène donc dans l'instant ce membre effronté dans mon giron et ma voisine -qui jusque-là était restée silencieuse- me gratifie tout en s'asseyant d'un "enfin" bien appuyé et visiblement agacé.
Gêne insignifiante et pour le moins fugitive, tout au moins l'estime-je, alors pourquoi donc cette irritation immédiate ?!? Peace les gens peace...
Fond Sonore : Alice in Chains, MTV Unplugged
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Sunday, March 21, 2010
Décatie
A chaque arrêt le bus se rempli un peu plus. Des âmes descendent, d'autres montent, mais l'excédent est toujours en faveur de la charge. Je suis pour ma part adossé à l'une des grandes vitres latérales et mon regard examine distraitement les façades d'immeubles qui défilent, cherchant à noter les panneaux de mise en vente, exercice de débusquage dans lequel je commence à me défendre.
Soudain, une odeur singulière commence à taquiner mes narines. Son âcreté est assez désagréable et mon regard balaye le véhicule dans le but d'en localiser la source. Au bout de quelques secondes de double triangulation visuelle et olfactive, mon attention se porte vers un personnage assis à deux mètres de ma position, qui n'était objectivement pas là quelques instants plus tôt.
La dame d'un âge certain se tient de guingois sur son siège. Jambes serrées, ses mains sont sagement croisées sur ses genoux. Le manteau trois quarts beige s'accorde avec les chaussettes de contention et les chaussures à petits talons. A l'opposé s'échappe une tête dont les cheveux gris blancs ramenés en chignon n'ont rien d'extraordinaire au contraire de ce visage un peu trop coloré pour être honnête. A l'évidence, la petite vieille a abusé de ce fond de teint brun grossièrement étalé.
Tandis que je me demande s'il serait possible de dater les couches à la manière de celles des carottes de glace arctique afin de déterminer à quand remonte le dernier contact de sa peau avec de l'eau savonneuse, je me rends compte que mon arrêt est arrivé et je m'empresse de descendre pour respirer un peu d'air frais...
Fond Sonore : Dido, No Angel
Soudain, une odeur singulière commence à taquiner mes narines. Son âcreté est assez désagréable et mon regard balaye le véhicule dans le but d'en localiser la source. Au bout de quelques secondes de double triangulation visuelle et olfactive, mon attention se porte vers un personnage assis à deux mètres de ma position, qui n'était objectivement pas là quelques instants plus tôt.
La dame d'un âge certain se tient de guingois sur son siège. Jambes serrées, ses mains sont sagement croisées sur ses genoux. Le manteau trois quarts beige s'accorde avec les chaussettes de contention et les chaussures à petits talons. A l'opposé s'échappe une tête dont les cheveux gris blancs ramenés en chignon n'ont rien d'extraordinaire au contraire de ce visage un peu trop coloré pour être honnête. A l'évidence, la petite vieille a abusé de ce fond de teint brun grossièrement étalé.
Tandis que je me demande s'il serait possible de dater les couches à la manière de celles des carottes de glace arctique afin de déterminer à quand remonte le dernier contact de sa peau avec de l'eau savonneuse, je me rends compte que mon arrêt est arrivé et je m'empresse de descendre pour respirer un peu d'air frais...
Fond Sonore : Dido, No Angel
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Sunday, March 14, 2010
Leçon
Le type progresse dans la rame de RER tout en psalmodiant des "bonjour monsieur" / "bonjour madame" d'un accent non identifié et en exhibant un grand morceau de carton sur lequel on peut lire en substance qu'il n'a pas de ressources, qu'il a quatre enfants, tout ça tout ça. Son allure n'est guère engageante, pour le moins crasseuse.
Personne ne lui prête vraiment attention, chacun feint de l'ignorer et tandis que je me demande si sa pancarte n'est pas qu'un faux destiné à émouvoir son prochain, j'aperçois un quidam un peu plus loin qui farfouille dans sa poche de pantalon. Ce deuxième gus est assez chétif, il a l'air malheureux et la bouteille de rosée à moitié vide qu'il tient en main laisse entrevoir comment il noie son désespoir. Au bout de quelques secondes, l'homme dégage sa main de son jean et tend au premier type quelques piécettes.
Scène édifiante que je me prends en pleine figure...
Fond Sonore : The Kooks, Inside In Inside Out
Personne ne lui prête vraiment attention, chacun feint de l'ignorer et tandis que je me demande si sa pancarte n'est pas qu'un faux destiné à émouvoir son prochain, j'aperçois un quidam un peu plus loin qui farfouille dans sa poche de pantalon. Ce deuxième gus est assez chétif, il a l'air malheureux et la bouteille de rosée à moitié vide qu'il tient en main laisse entrevoir comment il noie son désespoir. Au bout de quelques secondes, l'homme dégage sa main de son jean et tend au premier type quelques piécettes.
Scène édifiante que je me prends en pleine figure...
Fond Sonore : The Kooks, Inside In Inside Out
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Tuesday, March 9, 2010
Askeméidoscope
Le tram ralentit, et mon regard ne tarde pas à l'apercevoir... Mais serait-il seulement possible de passer à côté ?
La demoiselle se meut d'un pas quelque peu saccadé, laissant son épaisse chevelure noire frisée s'affaisser et se relever par intermittence. Son visage est en partie masqué par d'immenses lunettes aux armatures sombres qui descendent si bas sur ses joues qu'elles manquent de peu de rencontrer ces lèvres parées d'un rouge écarlate.
Cette touche colorée détonne tant par rapport à la petite veste cintrée violette qu'en regard de la jupe en tartan gris qui descend sous le genou et dont s'échappent deux jambes toutes gainées de noir et chaussées de souliers d'un beige inattendu...
Je reste perplexe un instant, je cherche du regard les éventuelles caméras, mais rien, et je me rends à l'évidence : l'élégance n'est pas nécessairement une affaire féminine.
Fond Sonore : L'Arc-en-Ciel, Ark [<= Les amateurs d'animes reconnaîtront sûrement ce titre ! :o)]
La demoiselle se meut d'un pas quelque peu saccadé, laissant son épaisse chevelure noire frisée s'affaisser et se relever par intermittence. Son visage est en partie masqué par d'immenses lunettes aux armatures sombres qui descendent si bas sur ses joues qu'elles manquent de peu de rencontrer ces lèvres parées d'un rouge écarlate.
Cette touche colorée détonne tant par rapport à la petite veste cintrée violette qu'en regard de la jupe en tartan gris qui descend sous le genou et dont s'échappent deux jambes toutes gainées de noir et chaussées de souliers d'un beige inattendu...
Je reste perplexe un instant, je cherche du regard les éventuelles caméras, mais rien, et je me rends à l'évidence : l'élégance n'est pas nécessairement une affaire féminine.
Fond Sonore : L'Arc-en-Ciel, Ark [<= Les amateurs d'animes reconnaîtront sûrement ce titre ! :o)]
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Wednesday, March 3, 2010
Décharné
Un matin d'entre-saison, au sortir de l'hiver, il y a un an. Le train est arrêté en gare de Versailles-Chantiers, il déverse son flot de voyageurs qui se ruent sur l'escalator de milieu de quai. La foule est indéniablement hétéroclite, on y aperçoit de tout. Les silhouettes défilent devant mes yeux et, l'espace d'un instant, l'une d'entre elles retient mon regard.
L'homme est grand, grand et maigre. La tête baissée, barbe et cheveux ébouriffés, il avance au sein de la masse compacte qui se tasse encore à mesure que l'escalator approche. Le type porte un pull léger, visiblement détendu par l'usage, sur un jean élimé bien trop court pour ses longues jambes. Il évolue pieds nus.
La tenue n'est à l'évidence pas de saison et je ne peux m'empêcher d'éprouver de la compassion tandis que l'homme commence son ascension. Sans prévenir, les portes se ferment, le train démarre. Jamais je ne saurai ce que cette apparition furtive, un brin irréelle, est devenue.
Fond Sonore : Natalie Imbruglia, Counting Down The Days
L'homme est grand, grand et maigre. La tête baissée, barbe et cheveux ébouriffés, il avance au sein de la masse compacte qui se tasse encore à mesure que l'escalator approche. Le type porte un pull léger, visiblement détendu par l'usage, sur un jean élimé bien trop court pour ses longues jambes. Il évolue pieds nus.
La tenue n'est à l'évidence pas de saison et je ne peux m'empêcher d'éprouver de la compassion tandis que l'homme commence son ascension. Sans prévenir, les portes se ferment, le train démarre. Jamais je ne saurai ce que cette apparition furtive, un brin irréelle, est devenue.
Fond Sonore : Natalie Imbruglia, Counting Down The Days
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Sunday, February 28, 2010
(Dés)Equilibriste
Alors que ma rame ralentit, je l'aperçois quelques mètres plus loin, debout au milieu du quai. La minette porte petit blouson en cuir noir sur mini-jupe assortie. Ses longues jambes fuselées touchent le sol de la pointe des pieds, leurs talons en étant maintenus à distance respectable par de petites perches.
Le train arrêté, le sympathique petit minois s'éveille. Il se met en marche et là le charme se rompt sur l'instant. A l'évidence, comme en atteste sa démarche pataude, la mignonette n'a pas son permis de talons aiguilles... Fail !
Fond Sonore : Iron Maiden, No Prayer for the Dying
Le train arrêté, le sympathique petit minois s'éveille. Il se met en marche et là le charme se rompt sur l'instant. A l'évidence, comme en atteste sa démarche pataude, la mignonette n'a pas son permis de talons aiguilles... Fail !
Fond Sonore : Iron Maiden, No Prayer for the Dying
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Sunday, November 29, 2009
Faune du Matin
Ce matin, dans le métro ligne 4. A l'arrêt Montparnasse, j'entends des plaintes à peine les portes refermées. "Oh nan, p'tain, j'me suis plantééééée, nan meeeeerde... 'Tain, j'ai soif, meeeeerde, j'ai soif, j'voulais une boissoooon... *silence* Zauriez pas deux euros pour une boisson s'il vous plaît ?... *silence* Zauriez pas deux euros pour une boisson s'il vous plaît ?... *silence* Zauriez pas deux euros pour une boisson s'il vous plaît ?..."
Au son de la voix qui se rapproche, je sens que mon tour va venir. La silhouette arrive bientôt par ma gauche et s'adresse tout d'abord à la personne située de l'autre côté du wagon, me laissant faire connaissance avec son postérieur. Ce dernier est affublé d'un short en coton gris très court, dont s'échappent deux longues jambes fuselées gainées d'un collant sombre à croisillons qui finissent par s'emboîter dans un jeu de chaussures à talons hauts et en feutrine noire.
Une demande insistante plus tard, la chose fait volte-face et se penche vers moi. La tête qui s'échappe du blouson en cuir marron laisse transparaître un air indéniablement désespéré que ne masque pas la tignasse en orbite à la Jackson Five. La jeune femme ouvre alors la bouche et l'haleine fétide d'une nuit de picole manque de peu de me donner la nausée. Ma réponse négative à sa requête l'agace évidemment, mais elle ne s'éternise pas.
Elle tente sa chance encore ici et là avant de finir par se laisser tomber sur un siège, poursuivant ses lamentations... "Putaiiiiin j'ai soif, meeeerde, j'voulais pas d'bonbons, j'voulais une boissoooon"...
Fond Sonore : Iron Maiden, No Prayer for the Dying
Au son de la voix qui se rapproche, je sens que mon tour va venir. La silhouette arrive bientôt par ma gauche et s'adresse tout d'abord à la personne située de l'autre côté du wagon, me laissant faire connaissance avec son postérieur. Ce dernier est affublé d'un short en coton gris très court, dont s'échappent deux longues jambes fuselées gainées d'un collant sombre à croisillons qui finissent par s'emboîter dans un jeu de chaussures à talons hauts et en feutrine noire.
Une demande insistante plus tard, la chose fait volte-face et se penche vers moi. La tête qui s'échappe du blouson en cuir marron laisse transparaître un air indéniablement désespéré que ne masque pas la tignasse en orbite à la Jackson Five. La jeune femme ouvre alors la bouche et l'haleine fétide d'une nuit de picole manque de peu de me donner la nausée. Ma réponse négative à sa requête l'agace évidemment, mais elle ne s'éternise pas.
Elle tente sa chance encore ici et là avant de finir par se laisser tomber sur un siège, poursuivant ses lamentations... "Putaiiiiin j'ai soif, meeeerde, j'voulais pas d'bonbons, j'voulais une boissoooon"...
Fond Sonore : Iron Maiden, No Prayer for the Dying
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Friday, November 27, 2009
Singerie
Le regard vif et pétillant, ses yeux ne quittent que rarement le visage de ce jeune homme dont elle caresse le bras de ses deux mains. Minette de son temps, elle porte queue de cheval sur petit imper cintré noir. Son arrêt approchant, elle se lève de son strapontin sans se tenir, insouciante comme on peut l'être à son âge.
Le facétieux conducteur décide évidemment de piler à cet instant précis. Libre de toute entrave, la mignonette se retrouve à la merci de la fée Cinétique : son poids se reporte instantanément sur sa jambe gauche, lui donnant un air de Bubka en plein championnat.
La petite bascule donc vers l'avant, tandis que son bras droit ceinture le poteau central, ce qui a pour effet de l'envoyer embrasser ce dernier. Elle entame alors un glissement vertical sous l'effet de la gravité, mais son bras gauche vient en renfort et stoppe ce mouvement. La minette se retrouve ainsi figée en une posture improbable, qui à n'en pas douter aurait été impossible à obtenir sans le concours de Saint Murphy.
Toujours vivante, mais un peu embarrassée, la jeune femme quitte la rame aussi prestement que possible, les joues un poil empourprées et les jambes tremblotantes sur des talons à l'évidence trop pointus pour elle...
Fond Sonore : Yves Simon, Manhattan
Le facétieux conducteur décide évidemment de piler à cet instant précis. Libre de toute entrave, la mignonette se retrouve à la merci de la fée Cinétique : son poids se reporte instantanément sur sa jambe gauche, lui donnant un air de Bubka en plein championnat.
La petite bascule donc vers l'avant, tandis que son bras droit ceinture le poteau central, ce qui a pour effet de l'envoyer embrasser ce dernier. Elle entame alors un glissement vertical sous l'effet de la gravité, mais son bras gauche vient en renfort et stoppe ce mouvement. La minette se retrouve ainsi figée en une posture improbable, qui à n'en pas douter aurait été impossible à obtenir sans le concours de Saint Murphy.
Toujours vivante, mais un peu embarrassée, la jeune femme quitte la rame aussi prestement que possible, les joues un poil empourprées et les jambes tremblotantes sur des talons à l'évidence trop pointus pour elle...
Fond Sonore : Yves Simon, Manhattan
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Monday, March 30, 2009
Homo Pinguinus (2)
J'arrive à proximité du tram, le départ est annoncé, mais les contrôleurs encouragent tout de même les usagers à monter : le conducteur n'a pas encore atteint sa cabine. Je valide mon pass et je m'arrête aussitôt, bloqué par une foule compacte. La jeune femme qui me précède me regarde, avance de vingt centimètres, j'en fais de même. Elle me regarde à nouveau, bis repetita. Et encore. Encore. Encore... Pas à pas, nous arrivons à proximité de la porte suivante.
Le palier est encombré, je me faufile, "pardon", je glisse, "excusez-moi", j'avance tant bien que mal entre les humains agglutinés et je sens les regards se poser sur moi, bête curieuse, mouton noir du troupeau. Ma main droite agrippe une poignée, je m'élance, mon bras flotte dans mon sillon, *frichhhht*, ma main a heurté quelque chose... Je m'arrête, je me retourne et je vois une passagère redresser son 20 Minutes tandis qu'elle me lance un regard haineux. Je m'excuse en inclinant légèrement le buste vers le bas puis me remets en mouvement sans traînailler.
La densité d'être humain au centimètre carré s'étant considérablement amenuisée -plus personne n'encombre la travée-, je progresse à présent rapidement et j'atteins bientôt mon but, l'autre côté de la rame, absolument vide de monde... Je m'adosse immédiatement contre l'appui mural, je laisse mon regard se perdre au travers de la vitre qui me fait face et je pense à ces congénères qui, non contents de confirmer une fois de plus leur nature pingouinesque, laissent également transpirer leur nature un tantinet anxiogène...
Fond Sonore : Arch Enemy, Doomsday Machine
Le palier est encombré, je me faufile, "pardon", je glisse, "excusez-moi", j'avance tant bien que mal entre les humains agglutinés et je sens les regards se poser sur moi, bête curieuse, mouton noir du troupeau. Ma main droite agrippe une poignée, je m'élance, mon bras flotte dans mon sillon, *frichhhht*, ma main a heurté quelque chose... Je m'arrête, je me retourne et je vois une passagère redresser son 20 Minutes tandis qu'elle me lance un regard haineux. Je m'excuse en inclinant légèrement le buste vers le bas puis me remets en mouvement sans traînailler.
La densité d'être humain au centimètre carré s'étant considérablement amenuisée -plus personne n'encombre la travée-, je progresse à présent rapidement et j'atteins bientôt mon but, l'autre côté de la rame, absolument vide de monde... Je m'adosse immédiatement contre l'appui mural, je laisse mon regard se perdre au travers de la vitre qui me fait face et je pense à ces congénères qui, non contents de confirmer une fois de plus leur nature pingouinesque, laissent également transpirer leur nature un tantinet anxiogène...
Fond Sonore : Arch Enemy, Doomsday Machine
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Friday, March 20, 2009
Homo Pinguinus
Avant-hier, je sors du RER Boulevard Victor, et je marche d'un pas assuré en direction de mon tram. Je gratte comme à mon habitude tous ces compagnons de voyage qui en côte ralentissent leur allure, ahah ! J'aperçois au loin ma correspondance à quai, sans pour autant presser le pas outre mesure.
A une trentaine de mètres, je vois le panneau lumineux clignoter, signe que la rame va bientôt prendre son élan, mais je poursuis néanmoins sur ma lancée. Un homme appuie sur le bouton d'ouverture de la porte de queue, elle s'ouvre. J'augmente un peu la cadence, me faufile entre piétons et voitures, je me glisse dans l'ouverture qui se rétrécie à mesure que la porte se ferme, *cling* j'ai validé, *schlack* la porte est fermé, *ding ding* le tram démarre... Je devais l'avoir, c'était écrit.
Trois stations plus loin, le conducteur nous informe que le trafic est interrompu pour cause d'accident. Pas d'information de durée, les voyageurs ne savent pas trop quoi faire. Les portes restant ouvertes, de nombreux quidams affluent en provenance du métro et du Parc des Expos. Deux charmantes jeunes femmes me demandent de quoi il retourne, je les renseigne, je suis payé en retour de généreux sourires que je reçois avec grand plaisir.
"Action, réaction !" comme disait l'autre, je décide de tenter ma chance par ailleurs. Je sors du tram et m'enfonce dans la bouche de métro toute proche. Point d'attente, la rame entre en station à peine mon pied posé sur la plate-forme. Je suis rapidement rendu à Convention et je me dirige sans attendre vers l'arrêt de bus où un véhicule est déjà en train de faire le plein.
La foule compacte qui y a élu domicile ne me ravit guère, je regarde le panneau d'affichage et constate que le suivant n'est qu'à deux minutes. Le bus tardant à démarrer, les voyageurs affluent là-encore et montent dans le véhicule comme s'il s'était agit du dernier. Je les regarde d'un air dubitatif, tandis qu'ils se tassent encore et encore et toujours plus... Ce qui confirme une nouvelle fois ma théorie empirique selon laquelle mes semblables descendent dans leur grande majorité des pingouins et qu'ils reproduisent instinctivement leur comportement face au froid sur la banquise, le maintien en une masse compacte.
Les portes se ferment finalement, le bus laisse place au suivant, et j'ai évidemment le loisir de voyager à mon aise...
Fond Sonore : Lynyrd Skynyrd, The Essential
A une trentaine de mètres, je vois le panneau lumineux clignoter, signe que la rame va bientôt prendre son élan, mais je poursuis néanmoins sur ma lancée. Un homme appuie sur le bouton d'ouverture de la porte de queue, elle s'ouvre. J'augmente un peu la cadence, me faufile entre piétons et voitures, je me glisse dans l'ouverture qui se rétrécie à mesure que la porte se ferme, *cling* j'ai validé, *schlack* la porte est fermé, *ding ding* le tram démarre... Je devais l'avoir, c'était écrit.
Trois stations plus loin, le conducteur nous informe que le trafic est interrompu pour cause d'accident. Pas d'information de durée, les voyageurs ne savent pas trop quoi faire. Les portes restant ouvertes, de nombreux quidams affluent en provenance du métro et du Parc des Expos. Deux charmantes jeunes femmes me demandent de quoi il retourne, je les renseigne, je suis payé en retour de généreux sourires que je reçois avec grand plaisir.
"Action, réaction !" comme disait l'autre, je décide de tenter ma chance par ailleurs. Je sors du tram et m'enfonce dans la bouche de métro toute proche. Point d'attente, la rame entre en station à peine mon pied posé sur la plate-forme. Je suis rapidement rendu à Convention et je me dirige sans attendre vers l'arrêt de bus où un véhicule est déjà en train de faire le plein.
La foule compacte qui y a élu domicile ne me ravit guère, je regarde le panneau d'affichage et constate que le suivant n'est qu'à deux minutes. Le bus tardant à démarrer, les voyageurs affluent là-encore et montent dans le véhicule comme s'il s'était agit du dernier. Je les regarde d'un air dubitatif, tandis qu'ils se tassent encore et encore et toujours plus... Ce qui confirme une nouvelle fois ma théorie empirique selon laquelle mes semblables descendent dans leur grande majorité des pingouins et qu'ils reproduisent instinctivement leur comportement face au froid sur la banquise, le maintien en une masse compacte.
Les portes se ferment finalement, le bus laisse place au suivant, et j'ai évidemment le loisir de voyager à mon aise...
Fond Sonore : Lynyrd Skynyrd, The Essential
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Saturday, January 31, 2009
Confusion
Réveillé de bon matin pour m'en aller prendre mon train, je suis arrivé relativement en avance devant le panneau d'affichage samedi dernier. En conséquence de soi-disant difficultés d'acheminement de personnel seuneuceufeu, le train à destination de Rouen a été supprimé et ses dessertes reportées sur le mien. La perspective du retard consécutif à ces quelques stations supplémentaires était somme toute acceptable (de l'ordre du quart d'heure), mais celle d'un arrêt en gare de Mantes l'était déjà moins : à chaque fois que cet arrêt avait été marqué, une poignée de djeuns étaient montés et avaient immanquablement été à l'origine d'embrouilles avec les voyageurs avoisinants.
Alors que j'étais confortablement installé à ma place et en train de repenser à ces évènements passés, une nuisance bien pire que celle d'une bande de zyva commençait à se profiler : celle d'une nana gâteuse et de son chiot chouineur.
Mémère s'est faite remarquer dès son entrée dans le wagon en demandant d'une voix mielleuse à son "kiki" s'il voulait "aller foutre (son) bordel en haut ou en bas". Bien évidemment, elle a opté pour le haut où j'avais élu résidence pour les deux prochaines heures. Normal.
Je pensais que j'allais être dérangé par les plaintes du bestiau mais celles-ci se sont finalement révélées assez bénignes en regard des agaçantes interventions de la maîtresse... Cette dernière s'est en effet appliquée à s'adresser sans discontinuer à son animal de compagnie comme s'il s'était agit d'un enfant en bas âge. J'ai manqué de peu de lui faire remarquer qu'il n'en était pas un, mais je me suis abstenu : je m'en serais voulu de lui briser ses illusions.
Mémère s'est également évertuée à alterner toutes les trente secondes, mots doucereux ["gouzi gouzi y veut dormir mon petit y veut dormir"] et ordres secs ["tais-toi, arrête, j'en ai marre, je ne veux plus t'entendre"]. C'était là faire preuve d'un manque élémentaire de psychologie animale, et j'imagine que la pauvre petite bestiole ne savait plus à quel son de cloche [^o^] se vouer.
Du coup, je me suis pris de pitié pour ce chiot que le hasard avait affublé d'une maîtresse pas bien dans sa tête et, quand il est descendu du train, je lui ai souhaité de trouver un jour foyer plus équilibré...
Fond Sonore : Welcome to Nashville, Compil' Country
Alors que j'étais confortablement installé à ma place et en train de repenser à ces évènements passés, une nuisance bien pire que celle d'une bande de zyva commençait à se profiler : celle d'une nana gâteuse et de son chiot chouineur.
Mémère s'est faite remarquer dès son entrée dans le wagon en demandant d'une voix mielleuse à son "kiki" s'il voulait "aller foutre (son) bordel en haut ou en bas". Bien évidemment, elle a opté pour le haut où j'avais élu résidence pour les deux prochaines heures. Normal.
Je pensais que j'allais être dérangé par les plaintes du bestiau mais celles-ci se sont finalement révélées assez bénignes en regard des agaçantes interventions de la maîtresse... Cette dernière s'est en effet appliquée à s'adresser sans discontinuer à son animal de compagnie comme s'il s'était agit d'un enfant en bas âge. J'ai manqué de peu de lui faire remarquer qu'il n'en était pas un, mais je me suis abstenu : je m'en serais voulu de lui briser ses illusions.
Mémère s'est également évertuée à alterner toutes les trente secondes, mots doucereux ["gouzi gouzi y veut dormir mon petit y veut dormir"] et ordres secs ["tais-toi, arrête, j'en ai marre, je ne veux plus t'entendre"]. C'était là faire preuve d'un manque élémentaire de psychologie animale, et j'imagine que la pauvre petite bestiole ne savait plus à quel son de cloche [^o^] se vouer.
Du coup, je me suis pris de pitié pour ce chiot que le hasard avait affublé d'une maîtresse pas bien dans sa tête et, quand il est descendu du train, je lui ai souhaité de trouver un jour foyer plus équilibré...
Fond Sonore : Welcome to Nashville, Compil' Country
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Friday, December 12, 2008
Le Plaisir de Chanter
Après toute période d'abstinence, il faut savoir faire preuve d'audace pour se remettre en selle, et d'audace j'ai incontestablement fait preuve en allant voir un film français. Oueps, farpaitement, mouah, en salle obscure, devant une production hexagonale... A marquer d'une pierre blanche, assurément ! :o)
Veuve d'un trafiquant de matériaux nucléaires, Constance est soupçonnée par les services secrets du monde entier de détenir une clé USB aux données sensibles. De fait, elle se trouve surveillée de près par toute une tripotée d'espions, y compris au sein de son cours de chant lyrique. Muriel et Philippe sont deux de ces agents secrets. Ils forment un couple improbable, qui va s'employer à protéger Constance de toute mauvaise fréquentation étrangère...
Inutile de chercher ici un grand film d'espionnage, la thématique n'est qu'un prétexte à l'exposition d'une galerie de personnages pittoresques. Ce qui m'a avant tout séduit, c'est le côté en permanence décalé de ce Plaisir de Chanter, son humour second degré et quelque peu noir. L'objet m'a indéniablement surpris et fait passer un très agréable moment comme je n'en attendais plus vraiment dans le cinéma français. [=> Bande-Annonce]
En sortant de la séance, j'arborais un léger rictus de satisfaction, j'étais sur un petit nuage. Je me suis engouffré dans le métro en repensant à certaines séquences, telle cette annonce de deux décès suivie sans transition par un Amazing Grace inattendu a cappella. Le film défilait donc par bribes dans ma tête quand elle est apparue.
Sa dégaine improbable n'aurait pas dépareillé dans les Deschiens. Ses fringues, véritable patchwork de motifs que le bon goût n'aurait même dans ses pires cauchemars pu imaginer, auraient sans aucun doute plu à la mère Morel. L'expression simplette du visage de la jeune femme ne pouvait toutefois que me conduire à éprouver de la compassion pour cette pittoresque apparition qui, comme avait dit l'autre, devait finalement être bienheureuse.
C'est alors qu'elle décida sans prévenir d'expédier un gros molard sur la paroi métallique qui jouxtait le strapontin qu'elle convoitait, avant de l'étaler d'une main vigoureuse. Autant dire que cet étrange comportement m'a fait redescendre sur terre, annihilant le sentiment de légèreté qui était mien jusque-là.
Depuis lors, j'ai maintes fois repensé à cet agissement, ne sachant s'il devait être attribué à une forme de toc ou bien à une quelconque superstition campagnarde d'origine ancestrale... Encore une énigme insoluble comme notre monde en regorge tant !
Fond Sonore : HushPuppies, The Trap
Veuve d'un trafiquant de matériaux nucléaires, Constance est soupçonnée par les services secrets du monde entier de détenir une clé USB aux données sensibles. De fait, elle se trouve surveillée de près par toute une tripotée d'espions, y compris au sein de son cours de chant lyrique. Muriel et Philippe sont deux de ces agents secrets. Ils forment un couple improbable, qui va s'employer à protéger Constance de toute mauvaise fréquentation étrangère...Inutile de chercher ici un grand film d'espionnage, la thématique n'est qu'un prétexte à l'exposition d'une galerie de personnages pittoresques. Ce qui m'a avant tout séduit, c'est le côté en permanence décalé de ce Plaisir de Chanter, son humour second degré et quelque peu noir. L'objet m'a indéniablement surpris et fait passer un très agréable moment comme je n'en attendais plus vraiment dans le cinéma français. [=> Bande-Annonce]
En sortant de la séance, j'arborais un léger rictus de satisfaction, j'étais sur un petit nuage. Je me suis engouffré dans le métro en repensant à certaines séquences, telle cette annonce de deux décès suivie sans transition par un Amazing Grace inattendu a cappella. Le film défilait donc par bribes dans ma tête quand elle est apparue.
Sa dégaine improbable n'aurait pas dépareillé dans les Deschiens. Ses fringues, véritable patchwork de motifs que le bon goût n'aurait même dans ses pires cauchemars pu imaginer, auraient sans aucun doute plu à la mère Morel. L'expression simplette du visage de la jeune femme ne pouvait toutefois que me conduire à éprouver de la compassion pour cette pittoresque apparition qui, comme avait dit l'autre, devait finalement être bienheureuse.
C'est alors qu'elle décida sans prévenir d'expédier un gros molard sur la paroi métallique qui jouxtait le strapontin qu'elle convoitait, avant de l'étaler d'une main vigoureuse. Autant dire que cet étrange comportement m'a fait redescendre sur terre, annihilant le sentiment de légèreté qui était mien jusque-là.
Depuis lors, j'ai maintes fois repensé à cet agissement, ne sachant s'il devait être attribué à une forme de toc ou bien à une quelconque superstition campagnarde d'origine ancestrale... Encore une énigme insoluble comme notre monde en regorge tant !
Fond Sonore : HushPuppies, The Trap
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Wednesday, August 13, 2008
There and Back Again
Je m'installe bien confortablement dans mon fauteuil isolé, et je laisse mon regard se perdre au travers de la vitre. Il balaye les trains, les quais, la foule plus ou moins éparse. Mon oeil est attiré par une agréable silhouette à quelques dizaines de mètres de mon observatoire.
Sa queue de cheval semble se prolonger dans la cambrure de ses reins qui elle-même rebondit sur son postérieur avant de filer tout droit vers le sol le long de jambes magnifiquement interminables. Mon regard remonte le galbe de cette apparition féérique et se fixe à la base de son cou. La belle tourne alors sec son visage en ma direction, comme si elle avait senti la pression de mon attention.
Le train démarre au même instant, nous ne nous reverrons probablement jamais, ô rage ô désespoir, bye bye Princesse.
*****
Immeubles, gare, rues, immeubles, gare, arbres, gare, forêts, le paysage défile à vive allure. A la faveur du passage dans un tunnel, je découvre le reflet de mon visage dans la vitre. Un instant fugitif, je ne le reconnais pas. Je me fixe avec insistance, je dissèque mes traits, je me demande où sont passés toutes ces années... Flash, lumière, nous sommes sortis du tunnel, mon regard se perd dans le tapis vert, mes pensées dérivent.
*****
Voyage retour. Je suis affalé dans mon fauteuil et je regarde toujours au travers de la vitre. Je pense à ce week-end qui est en passe de ce terminer, à la vie, à son fil si ténu qui peut se rompre à tout instant, je pense à la vie moderne, au boulot, au rythme de dingue qui l'accompagne, je reste pensif...
Le contrôleur annonce l'arrivée en gare de Paris Saint-Lazare, je n'ai pas vu les 1h45 de trajet passer, perdu que j'étais dans mes pensées. Je regarde la ville, les trains, je pense à la foule, à l'agitation de surface et souterraine. Je souris, je me rends compte à quel point Paris peut me manquer quand je n'y suis pas, je réalise que je suis intimement devenu urbain.
Il me faut maintenant descendre, point d'apparition féerique, direction le métro et sa faune bigarrée. Welcome home !
Fond Sonore : Shivaree, I Oughtta Give You A Shot In The Head For Making Me Live In This Dump
Sa queue de cheval semble se prolonger dans la cambrure de ses reins qui elle-même rebondit sur son postérieur avant de filer tout droit vers le sol le long de jambes magnifiquement interminables. Mon regard remonte le galbe de cette apparition féérique et se fixe à la base de son cou. La belle tourne alors sec son visage en ma direction, comme si elle avait senti la pression de mon attention.
Le train démarre au même instant, nous ne nous reverrons probablement jamais, ô rage ô désespoir, bye bye Princesse.
Immeubles, gare, rues, immeubles, gare, arbres, gare, forêts, le paysage défile à vive allure. A la faveur du passage dans un tunnel, je découvre le reflet de mon visage dans la vitre. Un instant fugitif, je ne le reconnais pas. Je me fixe avec insistance, je dissèque mes traits, je me demande où sont passés toutes ces années... Flash, lumière, nous sommes sortis du tunnel, mon regard se perd dans le tapis vert, mes pensées dérivent.
Voyage retour. Je suis affalé dans mon fauteuil et je regarde toujours au travers de la vitre. Je pense à ce week-end qui est en passe de ce terminer, à la vie, à son fil si ténu qui peut se rompre à tout instant, je pense à la vie moderne, au boulot, au rythme de dingue qui l'accompagne, je reste pensif...
Le contrôleur annonce l'arrivée en gare de Paris Saint-Lazare, je n'ai pas vu les 1h45 de trajet passer, perdu que j'étais dans mes pensées. Je regarde la ville, les trains, je pense à la foule, à l'agitation de surface et souterraine. Je souris, je me rends compte à quel point Paris peut me manquer quand je n'y suis pas, je réalise que je suis intimement devenu urbain.
Il me faut maintenant descendre, point d'apparition féerique, direction le métro et sa faune bigarrée. Welcome home !
Fond Sonore : Shivaree, I Oughtta Give You A Shot In The Head For Making Me Live In This Dump
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Sunday, June 1, 2008
Alpinisme Souterrain
Milieu d'après-midi, la rame est moyennement remplie, le train entre en station des Invalides. Dans un carré de quatre, un type près de la vitre se lève. De carrure élancée, il est habillé d'un jogging bleu et blanc, à l'évidence bien trop grand pour lui mais indéniablement en phase avec quelque culture street.
Le gus s'extirpe de sa place, le dos voûté, laissant son bras gauche trainer nonchalamment un sac de sport plutôt encombrant qui, comme de bien entendu s'en vient rapidement buter dans les pieds de ses ex-compagnons de voyage. L'homme s'arrête alors, jette un oeil à son colis et laisse apparaître une moue extrêmement lasse au travers de son paquet de dreads. D'un soupir, il se remet en marche, tirant son sac par saccades, lâchant un "putain" par-ci par-là, tandis que les voyageurs prennent soin d'éviter le sac qui ne demande qu'à leur massacrer pieds et tibias.
Le type descend de la rame tant bien que mal, regarde à gauche, à droite, encore à gauche, puis se dirige vers l'escalier tout proche. Tandis qu'il arrive à la hauteur de la troisième marche, son bras se tend brusquement sous l'effet de la rencontre inévitable du sac et de la première marche. Le gus se retourne alors d'un air évidemment las, lâche un vibrant "putaiiiiiiiiiiiin", et les voyageurs se marrent de concert.
Signal sonore, les portes se ferment, le train redémarre : jamais je ne saurai si le type aura finalement réalisé l'ascension de l'escalier des Invalides...
Fond Sonore : Kaiser Chiefs, Yours Truly, Angry Mob
Le gus s'extirpe de sa place, le dos voûté, laissant son bras gauche trainer nonchalamment un sac de sport plutôt encombrant qui, comme de bien entendu s'en vient rapidement buter dans les pieds de ses ex-compagnons de voyage. L'homme s'arrête alors, jette un oeil à son colis et laisse apparaître une moue extrêmement lasse au travers de son paquet de dreads. D'un soupir, il se remet en marche, tirant son sac par saccades, lâchant un "putain" par-ci par-là, tandis que les voyageurs prennent soin d'éviter le sac qui ne demande qu'à leur massacrer pieds et tibias.
Le type descend de la rame tant bien que mal, regarde à gauche, à droite, encore à gauche, puis se dirige vers l'escalier tout proche. Tandis qu'il arrive à la hauteur de la troisième marche, son bras se tend brusquement sous l'effet de la rencontre inévitable du sac et de la première marche. Le gus se retourne alors d'un air évidemment las, lâche un vibrant "putaiiiiiiiiiiiin", et les voyageurs se marrent de concert.
Signal sonore, les portes se ferment, le train redémarre : jamais je ne saurai si le type aura finalement réalisé l'ascension de l'escalier des Invalides...
Fond Sonore : Kaiser Chiefs, Yours Truly, Angry Mob
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Tuesday, May 20, 2008
Paranoïa
Pas vraiment emballé par le film que je viens de voir, je rejoins la lumière du jour sans attendre la fin du générique. A l'extérieur, le soleil brille généreusement, un petit vent caresse mon visage, il fait bon. Les terrasses des cafés environnants sont remplies, les lunettes de soleil de sortie, et le matage va bon train.
Le bus ne tarde pas à arriver. Je m'installe tout au fond, légèrement en hauteur et laisse mon regard se perdre dans la foule. Arrêt suivant, le feu passe au vert, le bus démarre. Un type tape sur les vitres latérales. Le bus, engagé dans le carrefour, s'arrête brièvement à la suite du camion qui le précède. Le gus remonte le véhicule et tambourine à nouveau vers l'arrière. Le bus redémarre et s'en va faire la petite boucle habituelle pour rattraper la Rue du Départ.
J'aperçois au loin le type se hâter en direction du prochain arrêt que nous allons bientôt rallier. Il remonte le bus, pénètre à l'intérieur du véhicule et s'en prend immédiatement à la conductrice. J'ai tapé aux vitres, vous ne m'avez pas laissé monter, commence-t-il avant de poursuivre, Vous ne vouliez pas que je monte, vous pensiez que je ne vous rattraperais pas, mais je suis quand même là !
Le bus démarre mais le type s'enfonce dans un délire paranoïaque, Vous avez la haine, vous vous prenez pour un petit chef dans votre bus, et la conductrice lui demande de descendre au prochain arrêt. Fin de non-recevoir, appel du PC. Le gus prend les voyageurs à partie [Vous avez du temps à perdre, hein, vous avez du temps à perdre ?!?], puis s'adresse de nouveau à la conductrice : Moi je suis là, je ne bougerai pas, j'ai le droit d'aller jusqu'au terminus !
Les secondes s'égrènent, longues, les tons se durcissent, et dans un élan de magnanimité incommensurable et assurément inattendu le type lance soudainement à l'intention des passagers, Je vais descendre, oui, je vais descendre, pour vous, parce que je ne veux pas vous faire perdre de temps, avant de s'exécuter. Le bus redémarre alors pour reprendre le cours normal de son service, et je laisse à nouveau mon regard se perdre dans la ville, tandis que je me demande pourquoi certains prennent un tel malin plaisir à se compliquer la vie...
Fond Sonore : Oasis, Stop The Clocks
Le bus ne tarde pas à arriver. Je m'installe tout au fond, légèrement en hauteur et laisse mon regard se perdre dans la foule. Arrêt suivant, le feu passe au vert, le bus démarre. Un type tape sur les vitres latérales. Le bus, engagé dans le carrefour, s'arrête brièvement à la suite du camion qui le précède. Le gus remonte le véhicule et tambourine à nouveau vers l'arrière. Le bus redémarre et s'en va faire la petite boucle habituelle pour rattraper la Rue du Départ.
J'aperçois au loin le type se hâter en direction du prochain arrêt que nous allons bientôt rallier. Il remonte le bus, pénètre à l'intérieur du véhicule et s'en prend immédiatement à la conductrice. J'ai tapé aux vitres, vous ne m'avez pas laissé monter, commence-t-il avant de poursuivre, Vous ne vouliez pas que je monte, vous pensiez que je ne vous rattraperais pas, mais je suis quand même là !
Le bus démarre mais le type s'enfonce dans un délire paranoïaque, Vous avez la haine, vous vous prenez pour un petit chef dans votre bus, et la conductrice lui demande de descendre au prochain arrêt. Fin de non-recevoir, appel du PC. Le gus prend les voyageurs à partie [Vous avez du temps à perdre, hein, vous avez du temps à perdre ?!?], puis s'adresse de nouveau à la conductrice : Moi je suis là, je ne bougerai pas, j'ai le droit d'aller jusqu'au terminus !
Les secondes s'égrènent, longues, les tons se durcissent, et dans un élan de magnanimité incommensurable et assurément inattendu le type lance soudainement à l'intention des passagers, Je vais descendre, oui, je vais descendre, pour vous, parce que je ne veux pas vous faire perdre de temps, avant de s'exécuter. Le bus redémarre alors pour reprendre le cours normal de son service, et je laisse à nouveau mon regard se perdre dans la ville, tandis que je me demande pourquoi certains prennent un tel malin plaisir à se compliquer la vie...
Fond Sonore : Oasis, Stop The Clocks
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Friday, May 2, 2008
Homo Cyprinidus
Un matin, il y a quelques semaines. Je monte dans ma rame habituelle, pose mon séant sur ce siège qui a l'honneur de le recevoir depuis maintenant quelques années, et commence à m'assoupir au son de quelques musiques paradoxalement plutôt fortement rythmées.
*Blom*
Je ne prête pas attention au bruit sourd qui vient de se produire derrière moi.
*Blom*
J'ouvre les yeux et j'aperçois à ma hauteur un type en jogging encapuchonné, arrêté, qui se penche légèrement en avant, et repart d'un pas, puis de deux.
*Blom*
Le sac que porte le gus en bandoulière vient de heurter un siège. Le type s'arrête, regarde son fardeau d'un air las, se penche en avant pour le faire passer par-dessus le dossier du fauteuil, et repart d'un pas, puis de deux.
*Blom*
Son sac vient de cogner le siège suivant. Même air las, même cirque... Qui se répètera jusqu'à l'autre extrémité de la rame...
J'en ai ce jour-là conclu que le zyva devait être un proche parent du poisson rouge.
Fond Sonore : Garden State, Bande Originale
*Blom*
Je ne prête pas attention au bruit sourd qui vient de se produire derrière moi.
*Blom*
J'ouvre les yeux et j'aperçois à ma hauteur un type en jogging encapuchonné, arrêté, qui se penche légèrement en avant, et repart d'un pas, puis de deux.
*Blom*
Le sac que porte le gus en bandoulière vient de heurter un siège. Le type s'arrête, regarde son fardeau d'un air las, se penche en avant pour le faire passer par-dessus le dossier du fauteuil, et repart d'un pas, puis de deux.
*Blom*
Son sac vient de cogner le siège suivant. Même air las, même cirque... Qui se répètera jusqu'à l'autre extrémité de la rame...
J'en ai ce jour-là conclu que le zyva devait être un proche parent du poisson rouge.
Fond Sonore : Garden State, Bande Originale
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Saturday, April 5, 2008
Le Grand Foutoir
La semaine passée n'a ma foi pas vraiment été de tout repos : des journées longues (trop longues), chargées (trop chargées) et intenses (trop intenses) m'ont comme qui dirait mis sur les rotules, alors que je rentrais tout juste d'une petite semaine de congés... A croire que Murphy et son âme damnée de corollaire m'avaient pris en grippe !
Quand je suis arrivé à la gare lundi matin, j'aurais dû me douter que l'absence de voies en regard des trains sur les panneaux d'affichage était de sinistre augure, mais mon humeur était trop légère pour que je ne m'en fasse une montagne. De plus, la voix qui s'échappait régulièrement des haut-parleurs était douce, elle se voulait rassurante : Suite à un problème de signalisation à hauteur de Versailles-Chantiers, le trafic est interrompu au départ de la gare de Paris Montparnasse. Nos équipes interviennent en ce moment même, nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée. Aucun soucis, je rentre d'un petit break, je suis détendu, je gère.
Si les équipes interviennent, cela ne va pas être long, pense-je naïvement dans un premier temps. Sauf qu'après une heure et demie d'attente debout et dans les courants d'air, je me dis que la voix, aussi agréable soit-elle, se fout un peu de ma tronche : si elle avait annoncé qu'il y en avait pour au minimum une heure, cela aurait fait belle lurette que j'aurais tiré ma révérence pour me replier sur une solution alternative !
Le problème quand aucun délai n'est annoncé, c'est que l'on se dit que le trafic sera nécessairement rétabli après que l'on ait eu quitté les lieux, alors on attend, on attend, on attend... Sauf que là, ne voyant pas vraiment le bout du tunnel, au figuré, le terme de ma patience commence à sérieusement affecter ma bonne humeur et ma légendaire zénitude...
C'est alors que j'aperçois une collègue. Nous optons pour l'action : direction Porte d'Orléans, histoire d'attraper un bus qui nous déposera devant notre lieux de travail commun. Hop hop hop, couloirs, hop hop hop, escaliers, hop hop hop re-couloirs, ligne 4. Arrivés à ladite Porte un quart d'heure plus tard [à dix minutes à pieds de chez moi mais une heure quarante après avoir quitté mon home sweet home :-/], nous constatons que nous en avons pour une bonne heure d'attente, ahah, rires nerveux, et aux discussions qui vont bon train (ahah) à l'arrêt, nous comprenons que nous ne sommes pas les seuls en galère, à être de la sorte bloqués et dépités...
Nous partons nous poser dans un café quelques dizaines de mètres plus loin, histoire de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Quelques coups de fil plus tard et une bonne grosse tasse de chocolat chaud entre les mains, je respire profondément et laisse mon regard se perdre à l'extérieur de l'établissement.
L'heure est plus tardive qu'à l'accoutumée, je n'ai pas pour habitude d'être encore sur Paris à 8h30 un jour ouvré. Goulot d'entrée dans la Capitale oblige, je vois un incessant flot de véhicules s'empresser de pénétrer en la Capitale : toutes présentent quatre places et un seul occupant, le conducteur. Devant ce gâchis manifeste, j'en viens à rêver à l'instauration d'un péage urbain qui taxerait les véhicules qui ne seraient pas remplis à 50% au minimum... Faudra que j'en touche un mot à mon maire tiens.
Mon attention se reporte rapidement sur les flots de voyageurs déversés par les nombreux bus qui transitent par ce point d'entrée stratégique dans la Capitale. La foule à cette heure est indéniablement différente de celle que l'on croise à des heures plus matinales, les tenues sont plus apprêtées, les airs bien plus supérieurs... Mon cerveau active le filtre adéquat, et tous les hommes disparaissent du paysage.
Je constate qu'en dépit de la froidure de ce début de semaine, les jambes sont découvertes, jupes / bottes de rigueur, j'esquisse un sourire. Derrière la vitre de la salle, j'observe les visages qui passent à proximité. Les regards se croisent, s'affrontent, se fuient, des sourires s'esquissent, furtifs certes, mais néanmoins plaisants. Les femmes sont belles, pense-je en tombant amoureux toutes les trente secondes.
Mais voilà que ma partenaire de voyage me tire de mes rêveries : le bus ne va pas tarder, ça serait ballot de le louper ! Nous voilà donc en route pour notre destination finale, que nous rejoindrons finalement une heure plus tard en bien piètre état, fourbus, courbaturés de partout, d'une humeur joyeusement massacrante... Et, pour ma part, à peu près 3h30 après avoir quitté mon domicile, ce qui constitue mon record absolu... Qui dit mieux ?
Fond Sonore : Alice Cooper, Hey Stoopid
Quand je suis arrivé à la gare lundi matin, j'aurais dû me douter que l'absence de voies en regard des trains sur les panneaux d'affichage était de sinistre augure, mais mon humeur était trop légère pour que je ne m'en fasse une montagne. De plus, la voix qui s'échappait régulièrement des haut-parleurs était douce, elle se voulait rassurante : Suite à un problème de signalisation à hauteur de Versailles-Chantiers, le trafic est interrompu au départ de la gare de Paris Montparnasse. Nos équipes interviennent en ce moment même, nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée. Aucun soucis, je rentre d'un petit break, je suis détendu, je gère.
Si les équipes interviennent, cela ne va pas être long, pense-je naïvement dans un premier temps. Sauf qu'après une heure et demie d'attente debout et dans les courants d'air, je me dis que la voix, aussi agréable soit-elle, se fout un peu de ma tronche : si elle avait annoncé qu'il y en avait pour au minimum une heure, cela aurait fait belle lurette que j'aurais tiré ma révérence pour me replier sur une solution alternative !
Le problème quand aucun délai n'est annoncé, c'est que l'on se dit que le trafic sera nécessairement rétabli après que l'on ait eu quitté les lieux, alors on attend, on attend, on attend... Sauf que là, ne voyant pas vraiment le bout du tunnel, au figuré, le terme de ma patience commence à sérieusement affecter ma bonne humeur et ma légendaire zénitude...
C'est alors que j'aperçois une collègue. Nous optons pour l'action : direction Porte d'Orléans, histoire d'attraper un bus qui nous déposera devant notre lieux de travail commun. Hop hop hop, couloirs, hop hop hop, escaliers, hop hop hop re-couloirs, ligne 4. Arrivés à ladite Porte un quart d'heure plus tard [à dix minutes à pieds de chez moi mais une heure quarante après avoir quitté mon home sweet home :-/], nous constatons que nous en avons pour une bonne heure d'attente, ahah, rires nerveux, et aux discussions qui vont bon train (ahah) à l'arrêt, nous comprenons que nous ne sommes pas les seuls en galère, à être de la sorte bloqués et dépités...
Nous partons nous poser dans un café quelques dizaines de mètres plus loin, histoire de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Quelques coups de fil plus tard et une bonne grosse tasse de chocolat chaud entre les mains, je respire profondément et laisse mon regard se perdre à l'extérieur de l'établissement.
L'heure est plus tardive qu'à l'accoutumée, je n'ai pas pour habitude d'être encore sur Paris à 8h30 un jour ouvré. Goulot d'entrée dans la Capitale oblige, je vois un incessant flot de véhicules s'empresser de pénétrer en la Capitale : toutes présentent quatre places et un seul occupant, le conducteur. Devant ce gâchis manifeste, j'en viens à rêver à l'instauration d'un péage urbain qui taxerait les véhicules qui ne seraient pas remplis à 50% au minimum... Faudra que j'en touche un mot à mon maire tiens.
Mon attention se reporte rapidement sur les flots de voyageurs déversés par les nombreux bus qui transitent par ce point d'entrée stratégique dans la Capitale. La foule à cette heure est indéniablement différente de celle que l'on croise à des heures plus matinales, les tenues sont plus apprêtées, les airs bien plus supérieurs... Mon cerveau active le filtre adéquat, et tous les hommes disparaissent du paysage.
Je constate qu'en dépit de la froidure de ce début de semaine, les jambes sont découvertes, jupes / bottes de rigueur, j'esquisse un sourire. Derrière la vitre de la salle, j'observe les visages qui passent à proximité. Les regards se croisent, s'affrontent, se fuient, des sourires s'esquissent, furtifs certes, mais néanmoins plaisants. Les femmes sont belles, pense-je en tombant amoureux toutes les trente secondes.
Mais voilà que ma partenaire de voyage me tire de mes rêveries : le bus ne va pas tarder, ça serait ballot de le louper ! Nous voilà donc en route pour notre destination finale, que nous rejoindrons finalement une heure plus tard en bien piètre état, fourbus, courbaturés de partout, d'une humeur joyeusement massacrante... Et, pour ma part, à peu près 3h30 après avoir quitté mon domicile, ce qui constitue mon record absolu... Qui dit mieux ?
Fond Sonore : Alice Cooper, Hey Stoopid
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