Ayé, j'ai *enfin* pris le temps d'aller voir ce
Time Out dont j'entendais parler depuis quelques semaines, au travers d'avis assez hétérogènes. Je n'avais vu que la bande-annonce -plutôt sympathique-, et je n'étais pas encombré d'attentes particulières, meilleure posture qui soit pour apprécier une bobine.

La première chose qui m'a frappé dès le générique, c'est le titre. Enfin sa version hexagonale pour être précis,
Time Out, contre
In Time en VO. Que l'on francise le titre, pourquoi pas, cela permet d'accompagner la VF et d'être plus porteur de signification pour les spectateurs hexagonaux. En revanche, apporter une modification telle que celle-ci relève de la plus pure connerie -
n'ayons pas peur des mots-, l'esprit francophone n'allant de toute façon faire aucune différence. Quand on y pense, le pire est probablement de se dire qu'une équipe s'est assise autour d'une table pour pondre cette génialissime idée... Et qu'ils ont été payés... Mébon, passons.

[© Twentieth Century Fox France]Time Out repose sur une idée originale. L'humanité vient ainsi dorénavant au monde avec une horloge biologique, fruit de l'ingénierie génétique. L'être humain vieilli normalement jusqu'à l'âge de 25 ans, puis le compte à rebours s'enclenche depuis un seuil d'un an. Le capital-temps diminue toutefois bien plus vite que la normale, car la monnaie sonnante et trébuchante a disparu : tout se paie en temps. Un café ? 2 minutes. Un trajet en taxi ? Une demi-heure. Un repas dans un grand-restaurant ? 2 semaines... Les perspectives de vie sont donc rapidement réduites à la portion congrue, et les êtres humains se voient tous contraints de travailler pour regagner un peu de ce précieux capital-temps.
Tous ? Non pas tous, car dans des zones d'accès restreint vivent des groupes de nantis, des privilégiés qui peuvent être crédités de dizaines, voire de centaines d'années. Ces personnes se trouvent déconnectées du quotidien de la majorité silencieuse qu'elle exploite, recluse dans des ghettos et surveillée par des Timekeepers, pions à la solde d'un système qui ne les récompense même pas.
Dans ce contexte, Will Salas [Justin Timberlake, bien dans le ton] va se retrouver à la tête d'un pactole temporel, légués par un nanti las de la vie. Ce leg amènera le jeune homme -
Mais qu'est-ce qu'être "jeune" dans cette société ?- à s'extirper de sa zone pour rejoindre les privilégiés, bardé de ses idéaux égalitaires. Rattrapé par les Timekeepers menés par Raymond Leon [Cillian Murphy, étonnant], il devra fuir pour mieux faire dérailler le système, accompagné dans son échappée par une alliée inattendue en la personne de Sylvia Weis [Amanda Seyfried - à croquer dans ses robes courtes et moulantes <3 ].

[© Twentieth Century Fox France]Au second abord,
Time Out dégage des effluves de lutte des classes, et quand Sylvia assène que sa société n'ignore pas ce qu'il se passe dans les ghettos mais que ses pairs "ferment les yeux", la bobine nous renvoie à notre propre quotidien. L'on pourrait me rétorquer que nous ne sommes pas des nantis, mais tous autant que nous sommes nous détournons le regard quand un gobelet se tend vers nous, nous feignons un air occupé quand un regard miséreux s'élève depuis une couche de carton fichée sur une bouche d'aération de métro... Ca n'est pas glorieux, mais c'est un fait.
En parallèle, ou plutôt en premier lieu,
Time Out amène évidemment à réfléchir sur les notions de vie et de mort, fil rouge de la bobine. La mort fait peur, comme tout inconnu. Cette peur conduit les hommes à tenter de retarder au maximum l'échéance fatidique, mais ces velléités ne prennent en compte l'épuisement de l'esprit, dont le nanti centenaire du début du film se révèle l'incarnation. L'immortalité -ou même une vie extrêmement longue- aurait-t-elle un sens ? Je ne saurais le dire, il faudrait en débattre autour d'une bonne mousse, mais je ne suis pas certain que cela serait dans l'ordre des choses. Quoi qu'il en soit (serait), la question ne se pose pas pour nous, nous devons vivre avec la certitude de cette échéance, sans pour autant nous en trouver paralyser. Plus facile à dire qu'à faire j'en conviens...
Pour en revenir à la bobine, j'ai objectivement passé une bonne séance. Andrew Niccol est à l'évidence un réalisateur qui me parle (remember
Bienvenue à Gattaca et
Lord of War), et son casting m'a ici séduit, Olivia Wilde & Amanda Seyfried au propre, Justin Timberlake & Cillian Murphy au figuré. On pourra reprocher à la bobine un petit côté cheap (ambiance du ghetto à la
Dark Angel) ou son propos qui aurait mérité d'être plus approfondi, elle constitue tout de même un sympathique et intéressant divertissement. A voir.
=> Bande-Annonce