Mes paupières lourdes se ferment devant mes yeux fatigués. Je suis étendu sur mon lit et m'abandonne aux bras de Morphée. Je me sens partir peu à peu...
Soudain quelques éclairs dans le vide de mon esprit. Ma conscience s'éveille. Un signal. Sonore. Connu, par bien trop connu. Un moustique, un satané moustique qui vient profiter de mon sommeil pour se délecter de mon sang de premier choix. Que nenni, pense-je alors, agitant maladroitement un bras endormi et laissant échapper un incertain gromellement qui en substance le mettait en demeure de quitter la place sur l'instant.
Puis vient l'attente, la longue attente, tiraillé que je suis entre ma profonde envie de me perdre dans les brumes du sommeil et la rancune des précédentes batailles perdues contre ce nuisible volant. Mais rien, plus un bruit. Je me laisse finalement glisser à nouveau...
Le matin au réveil, j'examine inquiet mon corps appétissant. Je cherche, cherche encore mais ne relève trace d'aucune attaque en règle de l'impudent spécimen ailé. Je suis surpris mais satisfait de ne point arborer de gros placard rouge.
Peu après, alors que je sors de mon appartement pour entamer ma quête d'une croustillante baguette, je commence à me sentir léger, léger, léger... Je descends les escaliers en sensation d'apesanteur, un brin étonné mais curieusement joyeux.
Je sors de l'immeuble. L'allée de ma résidence me semble étonnament longue. Et large. Les arbres ont une étrange apparence. J'avance en suivant une trajectoire un rien brownienne. Une résidente lit un livre. Elle m'apparaît inhabituellement gigantesque. Elle ne me retourne pas mon salut. Mal lunée certainement. Je continue mon chemin. Ma trajectoire est devenue complètement aléatoire : je ne vais jamais atteindre la rue!
Le gardien arrose ses fleurs. Il se redresse, et m'aperçoit. Son visage reste impavide. Ses yeux sont fixés sur moi, ils me suivent en parfaite harmonie brownienne. Soudain, le gardien sort un prospectus de sa poche. Il le brandit. Le papier fend l'air et manque de peu de me percuter. Il recommence encore et encore, le visage crispé. J'esquive, un coup en haut, en coup en bas, à gauche, à droite, avant de battre en retraite. Le gardien me regarde partir d'un oeil déçu...
Fond Sonore : Kelly Joe Phelps, Sky Like A Broken Clock
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