Après une mise en bouche plutôt bien orchestrée en dépit d'un petit goût de déjà vu, le film s'installe tranquillement, distillant de temps à autre quelques indices qui sèment le trouble. Même Denzel Washington se fond plutôt bien dans le script, parvenant presque à faire oublier que, comme à son habitude, il joue plusse du Denzel Washington que son propre personnage. La séance s'annonce donc divertissante... Jusqu'à ce que les scénaristes se prennent malencontreusement le stylo dans la nappe, mais bon il fallait s'y attendre, invention scientifique et paradoxes temporels obligent.
WARNING : je vais spoiler grave alors si vous envisagez de voir ce film, ne lisez surtout pas la suite de suite.
Embrouille #1
Le FBI a mis la main sur un appareil expérimental capable de créer un champ électromagnétique très intense et de replier l'espace-temps sur lui-même : cela lui offre la possibilité d'observer le passé, avec un décalage temporel constant [4 jours 6 heures et une poignée de minutes] par rapport au présent.
Le point de contact entre les deux dimensions temporelles [passé et présent] se trouve au beau milieu d'une petite chambre d'expérience elle-même située à l'intérieur dudit appareil. Les signaux captés par la sonde temporelle sont transmis à une salle de contrôle installée à l'écart, puis exploités via une batterie de terminaux de diverses natures.
Ces terminaux, par essence, ne peuvent transmettre un quelconque signal du poste de contrôle vers la chambre d'expérience ou la sonde temporelle, et encore moins vers le passé. De fait, quand quand Denzel, pardon Doug, illumine un écran avec son pointeur laser, le halo ne peut pas se propager jusqu'à la dimension temporelle observée [i.e. le passé], alors qu'il l'est. D'où premier problème.
Embrouille #2
Le second problème tient en ces paradoxes temporels si chers au Doc Emmett Brown. Bon, tentons de ne pas (trop) nous embrouiller dans notre exposé.
Situons le début de l'action après l'explosion du ferry et nommons A ce point temporel. Dans son enquête postérieure à A, Doug remarque dans l'appartement de la défunte Claire Kuchever une inscription sur un tableau blanc, "u can save her". Gardons cela en mémoire. Doug découvre ensuite l'existence de l'appareil expérimental, blah blah blah, il monte dedans et est renvoyé dans le passé, quelques heures avant le drame, i.e. l'explosion du ferry. Nommons B ce point temporel.
A partir de là, Doug va s'échiner à faire échouer les plans du terroriste. Je passe les détails hormis le fait qu'il inscrit sur le tableau blanc de Claire le message qu'il a lui-même lu plus tôt dans le film [oui, donc plus tard dans le futur]. Bon, Doug arrive effectivement à faire échouer les plans dudit terroriste, au prix de sa vie. Partant de là, le ferry n'explose pas, Claire est saine et sauve, et le point A devient un point C.
Dans ce point temporel C, le Doug de cette réalité (qui n'est pas au courant de ce qu'il s'est tramé avec son double du futur) n'ira jamais lire le message inscrit sur le tableau blanc devenu de fait inutile. Il n'aura donc aucune raison de retourner dans le passé, donc le Doug voyageur du temps n'aura pas de raison d'exister, donc il n'empêchera pas le ferry d'exploser, donc il enquêtera, donc il retournera dans le passé, donc il empêchera l'explosion de se produire, donc... On ne s'en sort pas.
Ceci étant posé, comment expliquer que le premier Doug ait effectivement lu ce message postérieurement au point A? Car s'il lit le message, c'est nécessairement que le ferry a explosé en dépit de son futur retour vers le passé (Vous suivez?), et donc que cette intervention dans le passé a été vaine. Conclure ainsi le film aurait certes été un peu osé - car pas happy-endesque -, mais tellement plus cohérent sinon réaliste - si tant est que l'on puisse parler de réalisme -...
Fin bref, voilà en gros ce qui m'a gêné dans ce film et me conduit à ne pas vous le recommander. Si vous avez un avis autre, ou si vous avez d'autres théories sur le schmilblick, surtout n'hésitez pas, j'ai mon tube d'aspirine à portée de main.
Fond Sonore : The Kills, Keep on your Mean Side
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