Friday, February 1, 2008

A Friday Evening in ze Train

A peine le quai s'est-il affiché sur le panneau flambant neuf de la gare que je me précipite en direction du train. Je monte dans mon wagon, cherche le siège réservé qui aura l'insigne honneur de supporter mon postérieur : une place isolée sans vis-à-vis, parfait ! Je m'installe confortablement dans l'ambiance feutrée de la voiture et commence à somnoler.

Je vois les autres passagers pénétrer dans la salle sans vraiment les voir. Aucune idée de leur nombre, de leurs types, la fatigue m'embrume. Mes yeux à demi clos entraperçoivent toutefois le type s'installer une rangée devant moi, côté couloir : il retire son pardessus, s'assoit, tourne la tête, à gauche, à droite, encore à gauche.

L'homme, assez jeune, porte un pantalon en toile noire sur des chaussures un brin élimées. Le col de sa chemise blanche non boutonné laisse apparaître un foulard satin bleu à petits pois blancs, et ses lunettes rondes lui donnent un petit air intello. Il remue dans son fauteuil, il a visiblement la bougeotte. Il tente bien d'engager la conversation avec une passagère qui se trouve à proximité, mais l'échange ne décolle pas.

Lorsque la voix rappelle que tous les bagages doivent être étiquetés, l'homme se tourne vers moi et me demande, inquiet, si les miens le sont. Je réponds par l'affirmative, tout en le rassurant que s'il conserve sa valise à ses côtés, il ne devrait pas avoir de problèmes. Il me remercie, se remet à farfouiller dans son sac puis me demande mon nom. Et merde, pense-je sur l'instant, interrompant le fastidieux labeur du marchand de sable qui avait entrepris de décharger sa lourde cargaison.

Poli, je lâche l'information à mon interlocuteur qui me confie en retour : "Moi c'est Joseph". Enchanté Joseph. L'homme se lève alors pour s'installer sur le siège qui lui fait face, et accessoirement m'avoir en visée directe. Il répète mon prénom à haute voix, l'anglicise puis cite un titre de roman le comprenant ainsi que son auteur, avant de m'interroger sur la bibliographie du dit auteur. J'élude discrètement en avouant ma demi-ignorance.

Joseph reprend alors sa place d'origine et farfouille dans sa valise. "Mon écran de portable ne marche plus", me lance-t-il, "mais je peux le brancher sur un moniteur... (bref silence) Tu t'y connais en portable ?" J'acquiesce légèrement, ce qui semble le surprendre et le réjouir à la fois. Ni une ni deux, Joseph dégage son portable, se lève et me le colle entre les mains. "Faut que j'aille aux toilettes", lâche-t-il avant de disparaître.

Avachi dans mon fauteuil, je me retrouve donc avec un encombrant coli dans les bras. Pragmatique, je l'ouvre, l'allume, et observe bientôt l'étendue des dégâts : un affichage artistique tendance avant-gardiste, blanc avec tout plein de lignes colorées verticales de longueurs variées. "Ah oué, quand même"... Joseph ne tarde pas à revenir - manifestement trop rapidement pour avoir réellement pris le temps de se soulager -, et s'assoit à ma hauteur de l'autre côté du couloir après avoir demandé l'autorisation de sa nouvelle voisine. "Alors, qu'est-ce que tu en penses ?", s'enquit-il sans attendre.

Je lui explique que l'avenir de son portable me semble plutôt compromis et qu'un échange de dalle serait certainement souhaitable pour retrouver la dimension portable de l'objet. Quand il me rétorque que ce problème - causé par une opération de nettoyage - n'est pas couvert par la garantie et qu'on lui a demandé 300€ pour la réparation, je souligne qu'au regard de la valeur du matériel, le devis ne me semble guère excessif... Ce qui le plonge dans une profonde réflexion. Je lui rends alors l'objet, et Joseph regarde alternativement sa voisine de droite et le fond du wagon trois ou quatre fois avant de retourner à sa place et de ranger l'appareil.

Je jette un oeil à ladite voisine, nous échangeons un petit sourire de compassion et retournons à nos occupations - la lecture pour elle, l'assoupissement pour moi. J'appuie ma tête contre le dossier de mon siège, inspire puis expire profondément, avant d'entreprendre de rappeler le marchand de sable qui par chance n'était pas bien loin...

Fond Sonore : Paula Frazer, Indoor Universe

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