Dans un futur plus ou moins lointain, l'humanité a abandonné sa destinée aux mains d'un superordinateur -Uniord- qui régit les moindres détails de la vie quotidienne. Il n'y a plus d'Etats -juste une "Famille"-, et seule l'harmonie globale importe, les individus étant conditionnés dès le plus jeune âge pour cette simple finalité.Des velléités individuelles peuvent bien surgir deci delà, mais Uniord les tempère au moyen d'une chimiothérapie à laquelle chacun est assujetti sur une base régulière. Les individualités sont donc lissées, l'esprit critique et le libre arbitre n'existent plus, mais les membres de la Famille n'en ont pas même conscience.
C'est dans ce monde qu'évolue le personnage de Li RM35M4419, que suit le roman de son enfance à l'âge adulte. Li possède une singularité -deux yeux de couleurs différentes- qui le distingue de ses congénères aux physiques standardisés, mais également -et peut-être "surtout"- un surnom, Copeau, que lui a légué son grand-père. Jeune adulte, Li se souviendra des propos de cet aïeul qui l'encourageait à "vouloir" faire quelque chose, idée évidemment saugrenue dans l'univers de la Famille où Uniord décide des devenirs de chacun, et verra germer dans son esprit des pensées originales, donc subversives. Copeau en viendra alors à rencontrer des individus qui parviennent à cultiver une certaine liberté de pensée puis entreprendra de se libérer pour toujours de l'emprise d'Uniord... Et je m'en tiendrai là pour le plantage de décor, de peur d'en arriver à déflorer un peu trop quelques points clés de l'intrigue.
Je dois avouer que j'ai été surpris de la facilité avec laquelle ce roman s'est laissé lire, je suis entré dans l'histoire plus facilement que dans celle du Meilleur des Mondes par exemple pour autant que je m'en souvienne. J'ai également apprécié le jeu de rythmes -lent quand Li est sous l'emprise d'Uniord, rapide quand il s'en défait- ainsi que les rebondissements distillés deci delà qui m'ont régulièrement replacé en posture expectative, ne sachant où l'auteur allait me mener.
La lecture achevée, je me suis retrouvé avec d'un côté une société dans laquelle l'être humain accède à une existence contrôlée où il ne manque de rien et a son quota de petits plaisirs auxquels il ne goûte que mécaniquement et de l'autre un univers dans lequel l'individu est libre de toute contrainte apparente mais est plongé dans un système qui génère des inégalités et autorise les dérives alcooliques et criminelles. En somme, un bonheur insoutenable car imposé [le monde d'Uniord] vs un bonheur accessible mais très incertain [notre monde], une absence de libre arbitre dont on n'a pas conscience avec un bonheur nivelé vs une pleine conscience de son existence sans pour autant avoir la garantie de pouvoir prétendre à un minimum de bonheur... Désigner l'une de ces deux options comme préférable ne reviendrait-il pas à choisir le moins pire des deux maux ? Je n'arrête pas de me poser la question... :-/
Fond Sonore : Green Day, 21st Century Breakdown
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