Le week-end dernier, alors que je travaillais sur un brouillon de scénario, une odeur vint alerter mon odorat... Quelque chose sentait le roussi. Réveillant le félin qui sommeille en moi, je me levais de ma chaise en remuant le nez tel un chat qui hume l'air frais lors de sa sortie de matin. Mon nez devait bientôt se coller contre l'alimentation de mon PC. "Diantre, quelle chaleur" m'exclamais-je en effectuant un arrêt hard de ma machine. Je devais le redémarrer une dizaine de minutes plus tard, un panneau latéral retiré, vérifiant paranoïaquement la température de mon bloc d'alimentation par un toucher du bout de mes agiles doigts.
Pendant deux jours, aucun nouveau signe inquiétant ne s'est manifesté. Aussi ai-je arrêté de me soucier de cette question, pensant que le mal était passé.
Grand mal m'en pris, puisque ce matin, alors que je me préparais à écumer différentes régions de la toile, l'odeur vint à nouveau titiller mes narines. Une odeur plus forte. Le nez collé à la grille du ventilateur, je devais me rendre à l'évidence : ledit ventilateur de mon alimentation avait rendu l'âme. Un réflexe de survie me fit là-encore arrêter violemment mon PC.
Comme dans toutes les situations d'urgence, je décidai d'agir urgemment. Hop, débrancher tous les câbles, hop préparer la table d'opération. Espace, tournevis. Coupelle pour les vis. Anesthésie. NFS Chimie Iono, trois nappes IDE en perfusion directement sur la carte-mère. (
Passage au présent pour la narration : je revis cette intense expérience en l'écrivant!) J'effectue une incision. Je relève délicatement le panneau gauche. Pas de modification du rythme de l'horloge. Je m'essuie le front.
Je m'attaque au reste de la carcasse. Là, je découvre avec horreur que pour accéder au bloc d'alimentations, il va me falloir démonter quatre panneaux de ma tour. Stress. Sueur. Eponge. Je commence. Le patient s'agite. Trois doses de valium en intra-IDE. Respiration zen. L'horloge retrouve un rythme normal. J'extrais le bloc alimentation. Pochette réfrigérée. Sac-à-dos. Chaussures.
Je me précipite dans la rue. Le bus arrive, il ne s'arrê-te pas, com-me d'habitu-deee. Et moi, je m'accroche au pare-choc, et saute un peu plus loin directement dans la bouche de métro. Buuuuuuut, Captain 1 : Bus 0. Les passants applaudissent l'exploit. Hop, direction le 12ème. Les détaillants de matériel informatique.
Les listes de matériels sont affichées sur les devantures des magasins. Je suis pressé, le temps tourne, le patient attend la suite de sa transplantation.
Alimentation silencieuse DTF 300 ISP 456 compatible carte hgtf256, holà! Ce que je cherche, moi, c'est juste une alimentation toute bête pas silencieuse au format moyen ATX à 300W!...
Soudain, je vois le nom. Surcouf! Oui, Surcouf! Que diable ce collègue de marin fait-il donc ici! Ce sacré Malouin aurait-il abandonné son activité maritime? Impossible! Je me précipite pour en avoir le coeur net!
Arrivé devant l'entrée du navire terrestre, une étrange impression m'envahit. Je rentre. Je parcours les allées rapidement. De grosses pancartes en carton partout. Du fouillis sur trois étages. Etrange. Alimentation, les alimentations! Je cherche, cherche ce Graal qui sauvera la vie de mon patient. Je panique, on me perd, on m'embrouille, on en veut à la vie de mon compagnon électronique! Là, je cède à la pulsion barbare et exprime ma colère dans un cri violent et plein de rage : "A l'abordaaaaaaaaaaaaage"! Je saute sur le comptoir, place la lame de mon sabre sous la gorge d'un vendeur médusé qui me tend timidement l'alimentation de mes rêves. Pas de temps à perdre. Retourner dans la salle d'opération. Je descend du comptoir, je me précipite vers la sortie, esquivant les vigiles, je plaque l'alimentation au sol, et essaiiiiiiiiiiii! La foule en délire assiste à la formidable transformation de l'essai. Captain 6 : Surcouf : 0.
Le rythme, maintenir le rythme. Oui, courir, le patient attend. Hop hop, bouche de métro, hop tunnels, hop changement, hop hop tunnels encore, hop hop bus, ascenseur, porte le patient est là. Tenue d'opération. Mains déchargées de l'électricité statique. Le pouls de l'horloge du patient est stable. Suée. Eponge. Injection de tétrainformatine dans le processeur pour prévenir toute infection. Implantation du nouvel organe. Ouf, ca passe. Branchements...
Se baisser, oui se baisser avant de passer aux électrochocs. Je me cache sous la table, j'appuie sur l'interrupteur. Le ventilateur tourne. Olé! Le PC démarre! Bip bip. Quoi "bip bip"? Ah oui, pas de clavier, rien. OK "bip bip". Le patient réagit. Alimentation coupée. Mise en place de la bête. Branchements externes. Oui, c'est en bonne voie. Il ne manque rien. non. On y va. 5... 4... 3... 2... 1... 0... Ignition!
Silence...
Le bruit croissant des deux ventilateurs berce mes oreilles. Je retiens ma respiration. L'écran sort de sa veille. "NVidia GeForce blah blah". Oui, on y croit. Oui... Attention... "Windows98"... Je retiens ma respiration... Fenêtre de saisie du mot de passe... Yeeeeeees! That's it! Les membres de l'équipe médicale et de la salle de contrôle expriment leur joie en courrant les bras écartés dans le studio. Oui, je tourne sur place quoi. La pression se relâche, je me laisse tomber dans mon canapé, un sourire de contentement illuminant mon visage. "J'aurais pas aimé te perdre mon p'tit PC adoré!" me dis-je en savourant le moment...
Fond Sonore : Warming by the Devil's Fire, Bande Originale