Elle ne devait pas avoir plus de 15 / 16 ans, mais était apprêtée avec une rare élégance qui soutenait le regard mutin de celle qui a manifestement conscience de son charme. Elle émoustillait mes sens quand elle a soudainement ouvert la bouche pour s'adresser à l'une de ses copines... Et là, patatra, le charme s'est rompu d'un coup d'un seul : un langage de charretier aurait paru soutenu à côté du sien.
Ce n'est pas que je sois à cheval sur les convenances, loin de là même, mais un échange verbal à coups de "eh mon portable sale pute" ou encore de "c'est la pétasse de maths qui blah blah" a comme qui dirait tendance à me hérisser le poil. J'ai dans ces moments un peu l'impression que les mots ne signifient plus rien, qu'ils sont complètement vidés de leur substance... Sachant qu'en parallèle ces mêmes mots sont en passe de désquelettisation via la culture SMS, on peut se demander où l'on va!
L'orthographe n'a semble-t-il plus grande importance, peu importe l'histoire des mots pour autant que l'on puisse les prononcer. C'est en quelque sorte une victoire de l'oral sur l'écrit, de la facilité face à la complexité, du Côté Obscur face au Côté Clair. On pourrait être tenté d'espérer que ce phénomène ne soit que passager, mais il n'en est rien : le niveau en orthographe des jeunes générations s'enfonce chaque jour un peu plus dans des profondeurs abyssales...
Ce qui n'arrange rien c'est que des opportunistes s'emploient à capitaliser sur cette tendance. D'ouvrages en site web, ils vont jusqu'à revisiter les classiques de la littérature... Mais, entre nous, quel plaisir peut-on avoir à lire Le Chêne et le Roseau ou encore Le Petit Poucet ainsi massacrés? Hein, sérieusement?!? Nan parce qu'à déchiffrer, franchement, c'est plus galère qu'autre chose...
J'imagine que Molière doit s'en retourner dans sa tombe... Et s'il le fait à chaque entorse à sa belle langue, il doit être en perpétuel mouvement le pauvre! Alors, afin de permettre à Jean-Baptiste de trouver ce repos éternel qui devrait être sien, unissons nos forces et oeuvrons à contrer le déclin de notre belle langue!
Nota: D'aucuns pourraient éventuellement me faire remarquer qu'il suffirait de bobiner le sieur Poquelin pour convertir l'énergie cinétique de sa rotation en énergie électrique bon marché et ainsi alimenter au moins une ville de taille moyenne, mais cela reviendrait à asseoir une certaine légitimité au kikooisme, ce que je refuse par principe. Nan mé.
Fond Sonore : Led Zeppelin, Coda
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