J'ai débuté les hostilités avec un petit P.K.Dick, Glissement de Temps sur Mars. Comme le titre le laisse entendre, le roman prend pour cadre la Planète Rouge, colonisée par l'humanité depuis quelques décennies. La vie s'y révèle difficile, loin des univers clinquants de certaines oeuvres de SF, et dégage un cachet dont le réalisme résonne avec ma propre Anticipation. Le roman fait intervenir plusieurs personnages mais s'articule autour de deux personnalités principales, Jack Bohlen et Manfred Steiner.Le premier a des tendances schizophrènes, le second est autiste. Leurs destins vont s'entrecroiser dans un récit complexe qui joue des narrateurs et des repères temporels, nous immergeant dans les univers de chacun des protagonistes. Le bouquin m'a indéniablement parlé, j'ai été sensible à ces mises en perspective de la "réalité" et à cet examen de l'incommunicabilité entre êtres humains, mais il m'apparaît néanmoins difficile en cette fin de samedi surchauffé de retranscrire ce que j'ai ressenti. Je crois qu'il est plus sage de ne pas m'embarquer dans des considérations philosophico-psychologiques et de laisser la parole à Maître Dick lui-même au travers de l'une de ses propositions reprise en postface du roman par Marcel Thaon :
"J'ai le sentiment profond qu'à un certain degré il y a presque autant d'univers qu'il y a de gens, que chaque individu vit en quelque sorte dans un univers de sa propre création : c'est un produit de son être, une oeuvre personnelle dont peut-être il pourrait être fier. Les difficultés apparaissent quand une tentative de communication s'établit entre plusieurs personnes, si leurs visions du monde sont trop différentes, la communication est illusoire."
Je ne peux évidemment qu'adhérer !
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Edit - 06/06 - 12h39 : En furetant sur la toile, je suis tombé sur un billet de blog portant sur ce même roman de Dick. L'auteur y cite des propos de David Cronenberg, interviewé par Première à l'occasion de la sortie de son singulier eXistenZ, qu'il me semble intéressant de reprendre ici :
"Un cinéaste -et a fortiori un artiste- en vient toujours à créer sa propre version de la réalité, qui peut lui paraître plus intense et plus réelle que ce que la plupart des gens considèrent comme la réalité. D'un point de vue philosophique, je crois sincèrement que toute réalité est virtuelle. Si on pouvait vraiment se mettre dans la tête de quelqu'un d'autre, on serait très choqué de réaliser à quel point chaque chose est perçue différemment. Ca serait comme le plus bizarre des voyages provoqués par la drogue".
Fond Sonore : Tom Waits, Used Songs
Roman très intéressant, difficile, horrible (visions).
ReplyDeleteJ'adhère aussi, évidemment.
Lorsque je retraite mes photos, elles ne montrent pas la réalité objective que j'ai vu, mais la réalité subjective que j'ai ressentie. Les filtres colorés employés représentent les filtres émotionnels éprouvés.
Nous créons notre réalité virtuelle pour échapper à la folie de la réalité absolue...
(et merci pour la découverte de Blog l'Eponge !)
Alecska> Photos retraitées qui une fois proposées au regard d'autrui seront observées au travers d'innombrables prismes de perception qui conduiront à autant d'interprétations... Comme le disait ce bon vieux Maître Dick : "La réalité n'est qu'une illusion figée par une perception humaine imparfaite".
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