Friday, July 27, 2007

Era of the White Rabbit

Lundi soir, je suis comme tous les jours descendu en gare de Versailles-Chantiers pour attraper un direct Montparnasse. L'écran de voie affichait un retard de dix minutes, mais je suis tout de même resté sur le quai : quitte à finalement arriver en même temps que le premier train, autant le faire dans des conditions de voyages plus confortables.

Pendant l'attente qui a suivi, j'ai observé les voyageurs autour de moi. Beaucoup semblaient un peu perdus : ils scrutaient anxieusement les panneaux d'affichage, regardaient compulsivement leurs montres. Leur train-train quotidien avait été perturbé, leurs repères avaient disparus, leurs univers étaient chamboulés.

Le train qui devait nous embarquer ne s'est finalement pas montré, la faute aux intempéries. Changement de quai, solution de repli, un autre direct dix nouvelles minutes plus tard. Je ne vous raconte pas l'étendue du désastre sur le moral de mes compagnons de voyage : dix plus dix égalent vingt minutes de perdues... J'aurais pu à leur instar céder à l'anxiété et me morfondre, mais que sont au fond vingt malheureuses petites minutes ?

J'ai poursuivi l'observation de la foule qui m'entourait, pour finalement prendre conscience d'un point auquel je n'avais jamais vraiment prêté attention : tous les voyageurs arboraient une montre à leur poignet, tous, je devais être le seul à ne pas en avoir. Ce constat est assez symptomatique...

J'ai souvent l'impression de vivre dans une société de l'urgence, une société dans laquelle seul compte l'instant futur. Tic tac, le temps s'écoule, il ne m'attend pas, tic tac, deux heures pour ci, trente minutes pour ça, tic tac, je vais être en retard, je n'ai pas le temps, tic tac...

Le problème avec le temps, c'est qu'il est insaisissable. Se lancer à sa poursuite n'a aucun sens, passer son temps à tenter de le rattraper équivaut à le perdre, à le gaspiller même. Personnellement, j'ai arrêté de courir après lui, je ne suis pas obnubilé par son vol imperturbable, je vis dans le présent, hors de ce tourbillon de folie qui emprisonne le monde.

Le temps que je me fasse ces petites réflexions, j'étais monté dans le train et arrivé à destination. Ce qui est bien dans l'histoire, c'est que la pluie avait cessé de tomber à mon arrivée. Vingt minutes de retard certes, mais au sec. Ne valaient-elles pas mieux que d'arriver à l'heure et d'être détrempé ? Oui, sans aucune hésitation !

Fond Sonore : Tom Waits, Used Songs 1973-1980

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