Le fond de l'air est frais, la luminosité faiblit. Je marche d'un pas alerte mais tranquille. L'homme me double par la droite, à petites foulées. Ses chaussures de ville claquent sur le sol, il manque de faire tomber sa serviette, mais la rattrape de justesse et la presse contre son torse. Il lève la tête, ses enjambées s'allongent, il est pressé l'homme.
Dans son univers, rien ne compte hormis ce Graal si proche et si lointain, cette rame de tram à quai pourtant pas denrée rare. Dans son monde, il est seul. Ses sens aveuglés ne détectent pas l'obstacle et bientôt il bouscule la fillette, laquelle virevolte, se retrouve expulsée de sa trottinette et le regarde toute hébétée. Grand Prince, l'homme pressé ralentit le pas, la regarde d'un air à peine désolé en haussant les épaules et en pointant du doigt la rame toute proche, avant de repartir de plus belle.
Il l'aura son tram, oui, il l'aura car s'il avait pris la peine de viser le panneau d'affichage, il aurait vu de loin qu'il n'y avait point péril en la demeure, le départ n'étant pas le moins du monde imminent. Non seulement l'aurait-il vu, mais en sus n'aurait-il pas bousculé sans scrupule aucun cette fillette anonyme.
Fond Sonore : Hervé Cristiani, Il est libre Max
No comments:
Post a Comment