Lorsque j'émerge, mes yeux rencontrent un paysage vallonné et verdoyant. La voiture file toujours à vive allure, mais j'ai néanmoins le temps d'apercevoir de temps à autre quelques panneaux qui arborent une double écriture anglaise et galloise. Je souris et repense bien évidemment à cette chère Ecosse et particulièrement à ses Highlands, où le gaélique a de façon similaire droit de citer. Je me souviens de ce dernier voyage en ces Hautes Terres, de la magie qui l'avait entouré, du sentiment de bien-être que j'avais ressenti, et je me prends à imaginer une nouvelle excursion au printemps prochain. La voiture s'arrête, ah je suis arrivé.
Je pénètre bientôt dans la salle de réunion où m'attendent café et petits gâteaux. Hmmm, délicate attention, je passe donc en mode
bienveillance à l'égard de mon fournisseur, en dépit de l'objet de ma visite. Nous avons une discussion franche, ouverte mais néanmoins courtoise, en un mot
saine. Lorsque la porte s'ouvre pour le service du déjeuner, j'ai un pincement préventif à l'estomac... Mais j'avais oublié que j'étais au Pays de Galle, et non pas en Angleterre, ce qui me vaut de lâcher un léger soupir de soulagement à la vue du buffet généreusement fourni.
Les discussions vont bon train, s'écartant assez rapidement du domaine professionnel, et font une incursion du côté des langues et de leurs usages. Deux de mes interlocuteurs entreprennent de prononcer le
nom de village le plus long du Royaume-Uni et accessoirement le troisième plus long au monde, tandis que leur collègue décline poliment, préférant visiblement se réfugier dans sa canette de soda.
Profitant d'un instant de silence, l'un d'entre eux exprime ses remerciements vis à vis de mon utilisation de l'anglais dans ce contexte professionnel. Il me dit qu'il en est sincèrement reconnaissant parce que lui-même serait bien incapable d'assurer la même prestation en français, et il s'en excuse même. Il exprime ensuite son amertume de voir sa langue prédominer, ce qui les rend -
lui et ses compatriotes - feignants linguistiquement parlant. J'abonde dans son sens, souligne la double difficulté de discuter dans une langue qui n'est pas sa langue natale [
spécificités du vocabulaire technique et (in)confort d'argumentation], mais conlus que finalement ce qui importe c'est d'être à même de pouvoir
communiquer, qu'importent la langue et le niveau de maîtrise.
Nous nous quittons sur cette pensée comme mon chauffeur vient tout juste de se présenter à l'accueil. Je ferme les écoutilles et me précipite à l'extérieur en tentant de passer entre les gouttes, véritable gageure s'il en est en regard de l'averse apocalyptique qui vient de débuter. Je prends place dans la voiture et me laisse aller à diverses pensées qui me permettent d'avaler l'heure de trajet sans en avoir conscience. Arrivé à l'aéroport, mon chauffeur me remet la facture globale pour les deux trajets de la journée... £180... Pardon Sir ? £180... Argh, je manque de peu de m'étrangler, il faut vraiment que je demande une amex...
Carte d'embarquement en poche, je passe le contrôle de sécurité. Même cirque qu'à l'aller, je me dépoile en partie. RAS. Je me repoile et me dirige vers la porte d'embarquement. Sur le chemin je tombe sur une magnifique Bentley Continental GT exposée, premier prix d'une tombola hebdomadaire, dont les coûts d'entretien pourraient faire basculer dans un rouge profond les comptes de la plupart des mortels qui transitent par cet aéroport... Bien qu'admiratif devant la
bête que je rêverais de posséder, je prends la sage décision de ne pas participer au tirage au sort [
Le ticket d'entrée est à la mesure de la Voiture, faut-il le préciser ?]. Je poursuis ma route vers la rangée de sièges dans laquelle je pensais m'affaler. Toutefois, eu égard à l'allure douteuse du tissu des dits sièges, je m'abstiens et me rabats finalement vers un pilier qui réclame un peu d'aide pour conserver sa posture verticale.
La préparation de l'avion se termine avec dix petites minutes de retard. Fokker 70 oblige, je dois descendre sur le tarmac, la passerelle d'embarquement était bien trop haute pour le petit coucou. Le vent glacial me saisit le visage tandis que l'on me demande d'attendre quelques instants qu'un engin de manutention ne soit passé. Je me précipite en bas puis en haut de l'escalier pour rapidement pénétrer dans l'appareil. Le Fokker 70 étant bien plus étroit que l'A320, j'ai l'impression d'être dans une boîte à sardines, impression renforcée quand pour le décollage le pilote réduit au minimum l'éclairage de bord alors que la nuit noire est déjà tombée à l'extérieur. Pour un peu je me croirais dans un studio en train de tourner un mauvais téléfilm de catastrophe aérienne, mais ça n'est pas vraiment le genre de pensée à avoir à cet instant précis.
Hormis le décollage acrobatique, l'avion étant bringuebalé par les rafales de vent, le vol se déroule sans accroc. Si j'avais été Hannibal, j'aurais allumé un gros cigare de satisfaction, ménon. J'arrive à Roissy un peu en retard certes, mais entier et c'est bien ce qui compte ! L'avion garé à côté de ses semblables, je descends sur le tarmac et monte dans un bus de transfert. Le véhicule nous emmène au travers des pistes, autour des bâtiments, encore et encore et encore et encore... On va y passer la nuit si ça continue ! Ah il stoppe, c'est bon. Que ?... Eh mxrdx, il redémarre... Raaaaah, jamais je ne serai chez moi à 21h, jamais... Ah, le voilà qui stoppe. Je descends, me précipite vers la douane... Pour atterrir derrière une queue d'inspiration Eurodisneyenne.
Un bon quart d'heure plus tard, je suis enfin de retour sur le sol français. Je me précipite vers la station RER. Ah il y en a un à quai, cool ! Je descends les marches quatre à quatre et... 20h et le train de 19h50 est toujours là... Hmmm, ça ne sent pas bon... Un voyageur m'informe alors que des étudiants sont sur les voies à Gare du Nord. Bande de petits cxns ! Je prends mon mal en patience, ne moufte pas quand j'entends la voix annoncer que le RER sera rendu omnibus, ahah. Le train démarre enfin, je me coule doucement, mais reste suffisamment éveillé pour ne pas rater Denfert. Hop hop, pas de course, j'atterris sur la 4. Train dans deux minutes, cool. Je descends à Porte d'Orléans, cours à moitié et stoppe net en bas des escaliers : on dirait que les nuages ont décidé de procéder à leur vidange annuelle...
Ne reculant face à l'adversité, je me précipite vers l'arrêt du tram, serrant mon parapluie autant que faire se peut et priant pour qu'aucune rafale n'ait la mauvaise idée de le retourner. Dix minutes plus tard, le tram se pointe et me dépose en bas de ma rue peu après. Je marche à grands pas, arrive enfin chez moi, saucé comme si j'avais pris une douche tout habillé. Je me change, me laisse tomber dans mon canapé et regarde l'heure : 22h20. Pfff, heureusement que j'ai fait enregistrer
Prison Break !
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